La France et Israel associent leurs puissances nanotechnologiques

Shani Benoualid, Siliconwadi.fr, 19/11/2013

http://siliconwadi.fr/11912/la-france-et-israel-associent-leurs-puissances-nanotechnologiques

 

Le 13 novembre 2013, une conférence dédiée aux nanotechnologies et matériaux avancés s’est tenue au CNRS en partenariat avec l’Université israélienne Ben Gourion du Néguev. 

La communauté scientifique, mais aussi les entreprises potentiellement intéressées par les problématiques abordées au cours de la journée, étaient invitées à cette conférence. Avec un objectif double : favoriser l’émergence de nouvelles coopérations entre le CNRS et l’Université Ben Gourion et promouvoir les partenariats existants entre les chercheurs des deux établissements.

Considérées comme la pierre angulaire de l’industrie du futur, les nanotechnologies sont aujourd’hui l’une des priorités de la recherche française et israélienne. Alors, pourquoi ne pas fusionner connaissances et savoir-faire des deux pays pour servir la science ?

Et le moment pour se poser la question ne pouvait être plus approprié, comme l’a souligné Zvi Tal, le Ministre plénipotentiaire près l’ambassade d’Israël en France, en inaugurant la conférence mercredi matin. Effectivement, François Hollande est à Tel Aviv en ce moment-même pour participer à la 2ème Journée de l’innovation France-Israël. Zvi Tal a également évoqué la puissance de l’implication scientifique israélienne. Un exemple :  le pays dispose du plus fortindice d’investissement en recherche par tête d’habitant au monde.

La volonté de renforcer les collaborations scientifiques entre les deux pays a été soulignée par Alain Fuchs, le président du CNRS, qui l’a illustrée par des exemples concrets d’outils institutionnels mis en place depuis quelques années.  Dernier en date : un accord de coopération signé le 25 juin 2012 par le CNRS et le MOST – le Ministère Israélien de la Science, la Technologie et l’Espace. Il offre désormais aux équipes de recherches israéliennes qui décideraient de travailler main dans la main avec le CNRS, la possibilité de recevoir un financement particulier. Cet agrément prévoit l’instauration de Programmes Internationaux de Coopération Scientifique (PICS) sur la base d’un appel conjoint annuel et le cofinancement de conférences. Cela fait déjà une vingtaine d’années que la coopération binationale se structure: le CNRS a conclu un mémorandum pour la coopération scientifique avec le Technion Israel Institute of Technology (1992) et plusieurs lettres d’intention pour la coopération scientifique avec le Weizmann Institute of Science (WIS) (2007), l’Institut du désert de l’Université Ben Gourion (2009), l’Institut de recherche océanographique et limnologique de Haïfa (2009), l’Université de Tel Aviv (2010) et l’Institut Van Leer (2012).

Le Professeur Amos Drory, Vice-Président aux Affaires externes de l’Université de Ben Gourion, est ensuite intervenu pour présenter l’Institut Ilse Katz de l’Université. Spécialisé dans les nanotechnologies, il est à l’origine du premier laboratoire israélien de puce atomique (microlithographiée) ou encore de la première installation de nanofabrication dédiée au domaine émergent des technologies quantiques. Alors que le professeur Drory regrette le manque de ”coopérations efficientes entre l’université Ben Gourion et le CNRS pour le moment”, il exprime le souhait de “fortement renforcer et accroître nos collaborations avec eux. J’espère qu’au terme de cette journée, les chercheurs français présents envisageront de travailler avec nous.”

Cette session d’introduction a été clôturée par Pascal Fouillat, le directeur scientifique du secteur mathématiques, physique, nanosciences, sciences et technologies de l’information et de la communication du MESR (Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche). Il a encensé le travail des scientifiques français et israéliens dans le secteur prometteur des nanotechnologies. Celui-ci présente la particularité d’impliquer des domaines aussi différents que la physique, la chimie ou la biologie. Une interdisciplinarité qui génère une multiplication de projets et augmente ainsi les possibilités de coopérations entre Français et Israéliens. « La France est le 4ème partenaire d’Israël concernant les co-publications scientifiques » a-t-il précisé avant de conclure : “L’Université Ben Gourion est un excellent modèle d’innovation pour nous en ce qui concerne les nanotechnologies”.

Les chercheurs français et israéliens se sont ensuite succédés sur la scène, afin d’exposer leurs dernières études. L’excellent niveau des présentations s’est doublé de prises de contacts très encourageantes entre les scientifiques des deux pays.

Pour le Professeur Smadar Cohen, titulaire de la chaire Harold Oshry en biotechnologie, Directrice du Département d’Ingénierie de Biotechnologie de l’Université Ben Gourion, il était important d’être présente pour créer des liens avec d’autres chercheurs sur le sujet des nanoparticules : “Je suis plutôt confiante car la journée a bien commencé ! Ce matin, j’ai amorcé une discussion avec mon homologue français Niko Hildebrandt, chercheur au CNRS et professeur à l’Institut d’Electronique Fondamentale et à l’Université Paris Sud. Nos recherches semblent se rejoindre et pourraient même se compléter… Des collaborations entre chercheurs sont en place depuis un moment, il faut les renforcer et en créer de nouvelles !”

Effectivement, plusieurs collaborations sont à l’œuvre, parmi lesquelles celle de Serge Cosnier et de Robert Marks. Elle a débuté en 1998, lors d’une conférence sur les biocapteurs à l’Université de Ben Gourion. Serge Cosnier, Docteur au CNRS du Département de Chimie Moléculaire et professeur à l’Université Joseph Fourier de Grenoble, explique : “Nous développons tous deux des biocapteurs, il faut donc élaborer de nouveaux matériaux, de nouvelles méthodes d’immobilisation. Lui utilise plutôt des fibres optiques et moi, des électrodes. Nous avons décidé de développer de nouvelles stratégies que nous avons appliquées aux deux types de transmetteurs. En outre, nous organisons des congrès tous les deux ans, alternativement en France et en Israël. L’une des forces des Israéliens dans mon domaine, c’est d’être capable de combiner recherche et études de terrain à l’hôpital. Par exemple, nous avons créé des capteurs détectant les anticorps de l’hépatite C, que nous avons testés à l’hôpital sur des patients. Avec ce système très sensible, nous avons pu identifier les personnes atteintes de l’hépatite C, alors que les systèmes de détections actuels ne le signalaient pas. Pour ce qui est du virus Ebola, les Israéliens ont réalisé des tests sur des échantillons réels afin de mettre au point une cartographie du virus dans le monde.”

Ce travail binational en nanotechnologie est quasiment traditionnel dans certains domaines, comme nous l’a expliqué Loic Auvray, Docteur au CNRS, au Laboratoire de Matière et Systèmes Complexes, et professeur à l’Université Paris Diderot. “Ceux qui ont fondé mon domaine de recherche, comme le physicien Pierre-Gilles de Gennes, ont montré très tôt de l’intérêt pour les recherches israéliennes. C’est ce qui explique que la coopération existe depuis longtemps, et qu’elle soit forte et durable.”

Certains souhaiteraient aller plus loin dans la co-recherche, comme José-Alain Sahel, lauréat de la médaille de l’innovation du CNRS en 2012, et directeur de l’Institut de la vision, associé notamment à l’Université Pierre et Marie Curie. L’un de ses projets: créer un institut franco-israélien à Jérusalem, analogue à celui qu’il dirige à Paris, soit le degré le plus important de collaboration scientifique entre deux pays. Pour le moment, il travaille au coude à coude avec le Centre hospitalo-universitaire Hadassah, dans le domaine des neurosciences, sur les maladies génétiques de la rétine et celles dues au vieillissement.

Ces projets bilatéraux peuvent bénéficier aux deux parties, comme le souligne le professeur de l’Université Ben Gourion, Gabby Sarusi, spécialiste en ingénierie électro-optique : “Depuis une vingtaine d’années, les Français excellent dans ce domaine et leur infrastructure, humaine comme physique, est impressionnante. Notre Université en est tout à fait consciente et propose aux étudiants français de les financer pour venir travailler en Israël.”

Au terme de cette journée d’échanges constructive, les participants se sont donné rendez-vous en novembre prochain à Beer Sheva en Israël.

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